Emploi & insertion : comment faire coopérer les acteurs d’un territoire ?
Nous avons eu la chance d’accompagner Paris Terres d’Envol dans l’animation de sa Cité de l’Emploi territoriale, dans une période où beaucoup de territoires se posent la même question : comment rendre le “chemin vers l’emploi” plus lisible, plus fluide, plus humain… et surtout plus coopératif ?
Sur Paris Terres d’Envol, l’enjeu était clair : faire se rencontrer et coopérer des acteurs très différents (emploi, insertion, formation, structures de proximité, collectivités, entreprises), pour éviter l’empilement de dispositifs et construire, pas à pas, un Réseau pour l’Emploi plus robuste.
Quelques repères concrets : la démarche a mobilisé 6 rencontres sur le territoire, 154 professionnels, 98 structures, a fait émerger 100 idées et permis de retenir 20 projets. Sept villes étaient concernées (Aulnay-sous-Bois, Sevran, Villepinte, Le Blanc-Mesnil, Drancy, Dugny, Le Bourget), avec une attention particulière aux 18 quartiers prioritaires.
Une deuxième chance : comprendre les centres sociaux comme acteurs du “premier kilomètre”
En parallèle, nous avons eu la chance de mener une étude qualitative (document de travail confidentiel, février 2025) : Quel rôle pour les centres sociaux dans le chemin vers l’emploi des habitants du territoire Paris Terres d’Envol ?
Cette étude part d’un constat simple : les centres sociaux ne sont pas “historiquement” des structures d’emploi. Ils sont d’abord des lieux d’éducation populaire, de lien social, d’accès aux droits, d’émancipation, de vie collective. Pourtant, au quotidien, on les interpelle sur l’emploi — parce qu’ils sont souvent le premier lieu de confiance pour des habitants qui ne se reconnaissent pas toujours dans les dispositifs classiques.
L’apprentissage central est fort, et il bouscule une idée reçue : les centres sociaux veulent contribuer, mais ils ne veulent pas être “le dernier kilomètre”, celui qui sert juste à orienter vers des offres et “alimenter” des recrutements. Ils se vivent plutôt comme le premier kilomètre : celui où l’on repart des personnes, de leurs talents, de leurs réalités, de leurs aspirations, et où l’on re-crée de la confiance, de l’élan, une capacité à se projeter.
Dit autrement : ils ne veulent pas être un simple “sas” d’envoi, ou un relais de communication. Ils défendent une approche qui part des potentialités des habitants (et pas seulement des besoins de main-d’œuvre), avec l’idée de construire des trajectoires qui tiennent, qui émancipent, qui donnent envie. Dans ce cadre, des démarches comme Territoires zéro chômeur de longue durée (qui propose une logique d’emploi construit à partir des compétences disponibles et des besoins du territoire) offrent des pistes d’inspiration : inverser le regard, et concevoir l’emploi comme une solution territoriale et non comme un “tri” des individus.
Ce qu’on a observé : le moteur n°1 de la coopération, c’est l’interconnaissance
Au fil des rencontres, un enseignement est revenu avec insistance : tout le monde veut travailler ensemble, ou plutôt : tout le monde dit vouloir travailler ensemble… mais très peu d’espaces existent pour se connaître, se parler, se faire confiance, clarifier les rôles et les complémentarités.
Dans les dynamiques territoriales pour l’emploi, on sous-estime souvent une chose : la coopération est d’abord relationnelle. Ce qui met en mouvement, ce n’est pas un organigramme ou un protocole. Ce sont des liens entretenus, des habitudes de travail, des “visages” derrière les structures, une capacité à se joindre au bon moment. L’interconnaissance n’est pas un supplément d’âme : c’est l’infrastructure invisible du parcours.
La méthode : de l’exploration à la pérennisation (sans sauter les étapes)
Pour transformer une intention (“coopérer”) en réalité (“agir ensemble”), nous avons suivi un processus simple, structurant, et surtout reproductible.
1) Explorer
Deux leviers ont été activés en même temps :
L’étude sur les centres sociaux, pour comprendre finement leur fonctionnement, leurs contraintes, leur culture, leurs attentes et leur place possible dans le chemin vers l’emploi.
Des rencontres territoriales sur chaque ville, réunissant les acteurs afin de faire émerger une lecture partagée du paysage et des besoins, et surtout créer des premiers liens concrets (les chiffres clés ci-dessus en donnent la mesure).
2) Rendre le parcours visible : construire un “chemin de l’emploi”
Nous avons ensuite construit un outil simple mais puissant : un “chemin vers l’emploi” où chaque structure pouvait se situer (accueil / information, orientation, sensibilisation, accompagnement, formation, recrutement, suivi dans l’emploi).
Cette visualisation produit souvent un effet immédiat : elle fait apparaître la complémentarité réelle des acteurs… mais aussi les zones de fragilité (ex. manque de structures sur la formation, le recrutement ou le suivi dans l’emploi ; risque de “zone grise” entre sensibilisation et accompagnement ; continuité insuffisante du parcours).
3) Outiller la coopération : un site collaboratif de référencement
Pour que l’interconnaissance ne repose pas uniquement sur la mémoire des uns et des autres, nous avons mis en place un site collaboratif permettant à chaque structure de se référencer. C’est un geste très opérationnel : on passe du “je crois qu’ils font ça” à “je sais qui appeler, pour quoi, et comment”.
4) Co-construire : faire émerger des projets concrets
Une coopération qui ne produit rien s’épuise. L’étape suivante consiste donc à faire émerger des projets, à partir des idées formulées, puis à les rendre actionnables. C’est là que des formats simples et mobilisateurs peuvent jouer un rôle : par exemple des dispositifs événementiels, ou des outils ludiques de type “chamboule-tout de l’emploi”, qui permettent de parler vrai, de rendre visibles les obstacles, et de faire travailler ensemble sans se perdre dans l’abstraction.
5) Agir : créer des groupes projets
Les idées deviennent des projets lorsque des personnes s’en saisissent. Nous avons donc créé des groupes projets pour donner une existence réelle aux coopérations : un cadre, des rôles, des premières actions, un rythme.
6) Pérenniser : relance à J+90
Enfin, pour éviter le classique “on s’est vus, c’était super, et puis plus rien”, nous avons organisé des visios à J+90 afin de conforter les dynamiques, lever les freins, accélérer ce qui pouvait l’être, et remettre de l’énergie là où la réalité opérationnelle reprend toujours ses droits.
Résultats : une dynamique rendue visible, des projets mis en mouvement
Les résultats se lisent à deux niveaux :
Un niveau quantitatif (mobilisation, idées, projets, structuration d’un réseau).
Un niveau qualitatif, plus déterminant : des acteurs qui se connaissent mieux, qui identifient mieux leurs complémentarités, et qui se sentent légitimes à agir ensemble.
Ce n’est pas “la solution à l’emploi” (personne ne prétend ça), mais c’est un socle indispensable : un territoire qui s’organise pour être plus lisible, plus accueillant, plus cohérent dans ses parcours d’insertion.
Focus centres sociaux : un allié essentiel… à condition de ne pas les instrumentaliser
Revenons au point clé. Les centres sociaux sont une ressource majeure, parce qu’ils sont :
des lieux de confiance,
des lieux fréquentés,
des lieux capables de capter des profils “hors radar”,
des lieux qui travaillent la durée et l’émancipation.
Mais on se trompe si on attend d’eux qu’ils “fournissent” des publics. Leur contribution est plus juste (et plus efficace) quand on la pense comme :
un premier kilomètre d’accueil, d’écoute et de remise en mouvement,
une capacité à accueillir des permanences d’acteurs de l’emploi (si cela n’écrase pas leurs équipes),
un partenaire stratégique pour construire des parcours qui partent des aspirations réelles.
La question n’est donc pas “comment les utiliser”, mais : comment coopérer avec eux dans le respect de leur culture, et en tenant compte de leurs moyens, souvent contraints.
Témoignages (à intégrer)
Dans la suite, nous intégrerons les retours de Nouara, Régis et M. Mehdi (équipe Paris Terres d’Envol), pour incarner ce que cette démarche a changé : ce qui a été le plus utile, ce qui reste fragile, et ce que le futur Réseau pour l’Emploi doit absolument préserver.
Si tu me colles ici, même en vrac, les 3 témoignages + 2 ou 3 exemples de projets (avec une phrase sur “ce que ça fait concrètement”), je te renvoie une version finale encore plus incarnée, avec une chute qui donne envie de suivre la série (“comment faire coopérer les acteurs de…”).